La visite de Candide

Philippe Bertonèche,

un Dunkerquois

au service

de l'enseignement afghan


Sa devise : l'éducation, le meilleur chemin vers la paix


CANDIDE : Bonjour Philippe, avant d'aborder les origines et les actions de l'association AFRANE, dans laquelle tu exerces les fonctions de Président, comment es-tu arrivé là ?

PHILIPPE : En 2008, une de mes filles est venue m'annoncer qu'elle partait en Afghanistan pour AFRANE. Qu'allait-elle faire là-bas ?

Internet m'a documenté : bénévolat, humanitaire.

En 2009, un de ses collègues a été enlevé, j'y suis allé, j'ai été nourri, blanchi j'ai donné des cours de maths en compensation. En rentrant, j'ai adhéré et le Président de l'époque m'a sollicité, vu ma formation d'ingénieur dans le bâtiment, pour des problèmes de construction (AFRANE construit des écoles), J'ai découvert cette association et c'est devenu une passion.

CANDIDE : Comment est née cette association AFRANE ?

PHILIPPE : AFRANE Amitié FRancoAfghane est née en 1980. Elle fait partie des associations créées lors de l'invasion soviétique par des professeurs, ambassadeurs, chercheurs...

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Les statuts avaient 2 objectifs :

  • donner de l'information sur l'Afghanistan autre que fausse et bloquée

  • aider la population en difficulté, obligée à se déplacer

CANDIDE : Quelle est l'histoire d'AFRANE ?

PHILIPPE :

  • 1989 - Départ des soviétiques

- Jusqu'en 1992 Régime de Nadjibullah avec des batailles permanentes entre le gouvernement et les Moudjahidines

- Le 30 avril 1992, proclamation de l'état islamique d'Afghanistan.

  • Après 1992, c'est la guerre de Kaboul...HORREUR...Bombes tous les jours...AFRANE est présente pour la nourriture, le ramassage des ordures et la création d'une boulangerie collective,

  • 1996

- Arrivée des talibans AFRANE est toujours là !

- Création d'une maison AFRANE pour l'accueil des personnes dont les écoles sont fermées et souhaitant apprendre le français

- Accompagnement des écoles clandestines dans certains quartiers de Kaboul et de Djalâlâbâd pour les filles

  • 1999 Les talibans décident de chasser toutes les ONG

  • Attentat du 11 septembre 2001, les talibans sont chassés du pouvoir en Afghanistan, AFRANE revient. Le CA décide de s'orienter vers l'éducation et les besoins importants,

CANDIDE : De quelle façon ?

PHILIPPE : A partir de 2002, les écoles se sont remplies. Là-bas, on compte les classes de 1 à 12. En 2014-2015, les 12 niveaux étaient remplis. En 2002, 800 000 élèves garçons, aujourd'hui, 8 000 000 en fourchette basse dont 40% de filles.

Donc l'action d'AFRANE :

  • agir dans les écoles publiques

  • intervenir au cœur de l'action, formation des maîtres et maitresses

  • accompagner les écoles en matière d'équipement

  • mettre en place des bibliothèques et des laboratoires

  • reconstruire des écoles détruites pendant la guerre et construire des nouvelles vu la progression du nombre d'élèves

CANDIDE : Avant de parler coût, plusieurs questions me viennent à l'esprit. En premier lieu, les projets de construction et leur aboutissement,

PHILIPPE : Pour tout projet, nous passons des conventions avec le Ministère de l'Education Afghane que ce soit pour construire ou intervenir dans les écoles.

Pour ma part, je m'occupe des constructions et j'essaie toujours de trouver les solutions les plus adaptées et d'équilibrer besoin et financement,

Quand une construction est terminée, on fait une réception des travaux. Un document est établi pour dire qu'AFRANE a fini et que tout est conforme. Elle est remise gratuitement au Ministère.

Après, la problématique c'est l'entretien.

CANDIDE : Ma deuxième question : les interventions

PHILIPPE : Nous sommes présents dans 5 provinces sur 34, et nous intervenons dans 48 écoles.

En interne, nous avons 1 coordinateur, 10 formateurs, 3 volontaires de solidarité à Kaboul, 1 conseillère pédagogique, 1 coordinateur de projet.

Tous nos projets font l'objet de conventions avec le Ministère de l'Education Afghane (intervention et construction),

Nous avons des écoles de référence (anciennes) qui nous accompagnent pour apporter leur témoignage, et leurs méthodes, participer aux progrès.

CANDIDE : Tu parlais "entretien" précédemment


PHILIPPE : On est toujours sollicité pour remplacer des vitres, réparer des portes, On essaie de ne pas faire en poussant les comités de quartier, les comités de villages à intervenir,

CANDIDE : Y-a-t-il d'autres choses sur lesquelles AFRANE intervient ?

PHILIPPE : Sur des petits projets d'adduction d'eau, construction de toilettes, création de puits, création, éventuellement de crèches,

CANDIDE : Comment s'organise la scolarité ?

PHILIPPE : Les jeunes fréquentent l'école de 1 (CP) à 12 (terminale). Tous les ans, il y a un examen de passage à la classe supérieure, En fin de 12ème, c'est un examen de fin d'études. L'entrée à l'université se fait par concours, sous forme de QCM, c'est assez difficile. Nous avons mis en place, avec l'Ambassade de France, des cours préparatoires pour les jeunes filles. Les coefficients de réussite sont plus importants. Chaque province a son université. Ce qui est compliqué, les années scolaires sont différentes d'une région à l'autre. Les cours sont dispensés 6 jours par semaine, Dans les grosses écoles, les classes sont utilisées 3 fois dans la journée (exemple à Kaboul, l’école Tchehel Doktaran comporte 9000 élèves répartis par 1/3 sur la journée)

CANDIDE : En matière de contrôle ?

PHILIPPE : Il y a, d'une part, les audits effectués pour l'AFD. Et d'autre part, à l'intérieur d'AFRANE, tous les contrôles sont regroupés sur Paris. Les comptes sont analysés tous les mois. Chaque centime d'euro est validé. Nous avons l'intervention d'un commissaire aux comptes.

CANDIDE : Mais tout cela a un coût ?

PHILIPPE : En termes de financement :

L'Agence Française de Développement (AFD) participe à hauteur de 50% sur des projets d'initiative ONG. Prochainement, nous démarrons un programme sur 3 ans pour 1 800 000 €, nous allons recevoir 900 000 € de l'AFD et devons trouver les 900 000 restants. Sans co-financement, nous ne pouvons commencer le projet : 1 euro reçu, 1 euro AFD.

Le co-financement provient de nos adhésions (350 adhérents en France), des dons des sympathisants (350 sympathisants donateurs), des villes, des syndicats de l'eau, des fondations (A Lille, la fondation ANBER nous soutient de manière très positive), d'une vente artisanale organisée chaque année et puis c'est le bouche à oreilles.

Ces 3 dernières années, l'OPEP nous a versé 400 000 $. L'ambassade de France à Kaboul nous soutient hors AFD sur des petits programmes.

En terme de dépenses, globalement, en gros sur une année, il nous faut 800 000 € selon les avancements de programme, cela représente 100 à 200 K€ pour les constructions, 100 K€ pour l'équipement des écoles, le reste c'est de la formation.

CANDIDE : Merci Philippe pour ce témoignage combien passionnant, et qui nous donne envie de venir en aide à un tel engagement.


 
 
 
 
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