Commando ou débarquement ?
Des membres de l’AROEC ont récemment visité le Mémorial de Dieppe. Il est utile de donner ici un développement sur l’une des pages sombres de la seconde guerre mondiale.
Le 19 août 1942 à 4 h 45  les forces anglo-canadiennes effectuent un raid sur Dieppe et ses environs. Elles comprennent 4 961 canadiens et 1 057 anglais.
Cinq mois auparavant le raid sur Saint- Nazaire, prévu par le capitaine Hugues HALLETT, fut un succès. Les stratèges lui confient donc la préparation du raid sur Dieppe. Pourquoi Dieppe ? D’abord parce qu’elle n’est qu’à une centaine de km de l’Angleterre… Alors que le détroit du Pas-de-Calais n’en fait qu’une trentaine ! ; Il est vrai que ce capitaine devait connaître le couloir maritime Dieppe – Newhaven. Il choisit comme troupes la 2ème division d’infanterie canadienne dont les hommes rongeaient leur frein en Angleterre depuis 1940 sans  avoir combattu ; ceux-ci sont transférés dans l’île de Wight pour y recevoir un entraînement préparatoire à une opération amphibie, sous le nom de code Rutter ; l’opération est prévue pour juillet, mais les mauvaises conditions météorologiques imposent un report en août sous le nouveau nom de code Jubilée. Les troupes aéroportées sont remplacées par des commandos transportés par mer. Le rembarquement est prévu.
L’état des lieux est un défi. Dieppe est un port très bien défendu. La plage de galets est incurvée, sur les deux extrémités sont des promontoires d’où les canons allemands couvrent toute la plage par un feu croisé, de chaque côté de la plage sont des falaises, après la plage une digue haute de deux mètres, et  derrière les hôtels abritant  les mitrailleuses allemandes. Autant d’atouts favorables à la défense allemande ! Un témoin m’a dit n’avoir pas compris le choix de ce lieu, les hommes y débarquant n’ayant aucune chance. Les canadiens ont perdu 907 tués et 1 874 prisonniers ( 56 % ).
C’était une opération effectuée à la demande pressante des Soviets exigeant un second front en Europe. Aux dires des militaires pour qu’un débarquement puisse avoir lieu il faut d’abord s’informer sur la réaction possible de l’ennemi, dans ce but organiser une incursion limitée en territoire occupé ; il fallait occuper un port pendant six heures temps nécessaire pour tester les défenses allemandes. Aux yeux des stratèges Dieppe est le site idéal. La mémoire collective des dieppois est tout autre : il s’agissait bien d’un débarquement manqué, d’aucuns parlant même d’impréparation, s’interrogeant sur le rôle de la Résistance, citant les chenilles des chars cassant sur les galets, le manque de soutien aérien. Aujourd’hui encore l’opinion reste dubitative malgré les recherches des historiens qui l’estiment influencée par la propagande allemande à  l’époque.
Victime d’une accumulation d’erreurs dans sa préparation, Jubilée fut un désastre pour les Alliés, un support médiatique pour une propagande allemande effrénée. HITLER personnellement  félicita  la Wehrmacht.  Dans la presse française autorisée par l’occupant on pouvait lire que l’ennemi – entendez par là les canadiens – subit un échec total. La presse anglaise s’enlisa dans le laconique, l’inexactitude. Londres très embarrassée communiqua maladroitement. CHURCHILL attendit le 8 septembre pour se justifier devant la Chambre des Communes. Historiens et journalistes publièrent beaucoup. La polémique enfla. Dieppe est restée  une énigme, enseignée maintenant dans les écoles militaires. Au Canada existe une ville appelée Dieppe, perpétuant le sacrifice des Canadiens.
A quelque chose malheur est bon : A l’heure de la réflexion on a tiré les leçons …..C’est ainsi qu’on a préparé Arromanches.

Félix Hennache avec le concours de Philippe Deniel, président de NORM ARECC, ancien EC à Dieppe.
 
 
 
 
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